Pendant près de quarante ans, le fleuve Manzanares à Madrid était emprisonné par la M-30, une autoroute urbaine tentaculaire et bruyante qui coupait la capitale espagnole en deux. Face à la pollution de l'air et à la dégradation du cadre de vie des riverains, la municipalité a pris une décision aussi coûteuse que spectaculaire : …
Madrid Río : L’audace d’enterrer une autoroute pour recréer un espace de vie

Pendant près de quarante ans, le fleuve Manzanares à Madrid était emprisonné par la M-30, une autoroute urbaine tentaculaire et bruyante qui coupait la capitale espagnole en deux. Face à la pollution de l’air et à la dégradation du cadre de vie des riverains, la municipalité a pris une décision aussi coûteuse que spectaculaire : enfouir cette autoroute sous terre sur une distance de 10 kilomètres. À la surface, l’espace libéré a été entièrement rendu aux piétons pour créer « Madrid Río », un gigantesque parc linéaire.
Là où circulaient plus de 200 000 véhicules par jour, les Madrilènes profitent aujourd’hui de vastes pelouses, de 30 kilomètres de pistes cyclables, de dizaines d’aires de jeux, de terrains de sport et d’un « plage urbaine » équipée de jets d’eau. Les urbanistes ont planté plus de 30 000 arbres et recréé des ponts piétonniers au design audacieux pour reconnecter les quartiers sud, historiquement défavorisés, au centre historique de la ville. Le fleuve lui-même, autrefois canalisé et stagnant, a été renaturé pour permettre le retour de la faune aquatique et des oiseaux.
Le succès de Madrid Río est retentissant. En supprimant la fracture visuelle et sonore de l’autoroute, la ville a considérablement amélioré la qualité de l’air et diminué les îlots de chaleur. Sur le plan économique, les quartiers riverains ont connu une revitalisation spectaculaire. Cet aménagement titanesque est aujourd’hui étudié dans le monde entier comme le symbole ultime de la reconquête de l’espace public : il prouve qu’aucune erreur urbanistique du passé n’est irréversible dès lors qu’il y a une volonté politique de remettre l’humain et l’esthétique au centre de la ville.






